Le Moulin Delmar


Mons-en-Barœul : Andrée et Yves sont désormais la mémoire de leur quartier

Article publié par Alain Cadet dans La Voix du Nord le 5 septembre 2016 (édition numérique) et le 6 septembre pour l'édition imprimée.



Avant - Après, la même maison qui était l'ancien café du Moulin Delmar. 

Andrée et Yves habitent depuis l’enfance ce très vieux quartier situé sur l’ancienne route de Roubaix, à la frontière de plusieurs communes. Ils ont vu sa transformation en zone d’activité. Ils sont la mémoire vivante du lieu.


Posée sur la table devant Yves et Andrée le cadre avec l'ancienne photo du café du Moulin Delmar

Yves et Andrée ont vu la campagne laisser peu à peu la place à la zone d’activité. Ils font partie des plus anciens habitants du quartier.

« De tous les anciens habitants du quartier il n’en reste plus que trois, à vivre ici ! Vous en avez deux devant vous », s’amusent Andrée et Yves. Tandis qu’Andrée est née dans la maison de ses grands-parents, le café du Moulin Delmar à Villeneuve-d’Ascq, Yves habitait, dans le même rang à quelques maisons plus loin, à Mons-en-Barœul.

Depuis 30 ans, ils vivent ensemble dans une petite maison située entre leurs anciens domiciles. Même s’ils ont passé leur carrière à conduire des engins tous les deux (Yves était pilote d’essai chez Peugeot tandis qu’Andrée était cariste, en face, chez Goosens) leur histoire n’était pas écrite d’avance. Aujourd’hui, Yves a 77 ans et Andrée, 87 ans, ce qui faisait une grande différence dans l’enfance, mais qui s’est estompée avec le temps.

Ils partagent beaucoup de souvenirs. « À la libération, en 1944, les alliés avaient bombardé les voies de chemin de fer proches, se souvient Yves. Nos maisons avaient été évacuées et nous nous sommes réfugiés, en face, dans les caves de la Brasserie de Mons. ».

« J’y étais aussi, confirme Andrée. Cette route de Roubaix était le lieu de passage obligé des unités allemandes qui se repliaient. La résistance avait investi les maisons. » « Il y avait des tireurs dans la plupart des greniers, se souvient Andrée. Dès qu’un convoi passait, ils entraient en action. » Certaines charrettes étaient traînées par des chevaux et plusieurs de ces animaux ont été tués par les tirs. « Nous n’avions rien mangé pendant quatre ans et je suis descendue avec un couteau prélever un rôti sur un cheval mort. Ma sœur a été dégoûtée ! Elle n’en a pas voulu et n’a jamais mangé 1 gramme de cheval durant toute sa vie. »

Après-guerre, le quartier retrouve sa sérénité. « J’allais à l’école Saint-Honoré, rue Florimond-Delmer, raconte Yves. C’était loin ! Mes parents s’étaient arrangés avec un livreur de la Brasserie de Mons. Il me prenait chaque matin dans sa charrette à cheval et me déposait presque devant l’école. »

Le quartier était très passant. Le terminus de la ligne de tramway se trouvait juste en face du café routier du Moulin Delmar, tenu par la famille d’Andrée. Il y avait toujours une file de camions qui allait jusqu’à l’entrée de l’actuel cimetière qui s’étend derrière la rangée de maisons. Aujourd’hui, tout est paisible. « La zone commerciale n’est pas bruyante et il ne passe pas énormément de voitures », estime Yves. « Quant à nos voisins de derrière, ils sont très calmes », conclut Andrée.


Le café du Moulin Delmar avec au dessus de la porte l'enseigne portant l'inscription : Au Moulin Delmar. Andrée est née dans cette maison, l'estaminet était tenu par ses grands parents qui posent pour la photo.


Un bien curieux quartier

Ce quartier est situé, à la frontière de quatre communes, le long de l’ancienne route de Roubaix. Quand on vient de Lille et qu’on emprunte la rue du Général-de-Gaulle, jusqu’à l’école Montaigne, on est à Mons. Au-delà on, on se trouve rue Jean-Jaurès, à Villeneuve-d’Ascq. Le côté gauche de la rue, quant à lui, appartient à Marcq-en-Barœul et à Wasquehal. Il est entièrement occupé par des zones d’activité à vocation commerciales ou industrielles. Certaines implantations sont très anciennes comme la Brasserie (désormais Heineken), fondée en 1903. Les autres datent des années 1970 jusqu’à aujourd’hui. La zone d’activité Polygone 2 sur le modèle de Polygone 1, mise en place il y a trois ans, est en chantier.

Sur le côté droit, fait face une rangée de très vieilles maisons, réparties sur les deux communes (Mons et Villeneuve-d’Ascq), construites depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à à la fin des années 1870. Une importante partie d’entre elles a été érigée en même temps que le Fort pour loger les officiers et les sous-officiers.


Avant la guerre, leur faisant face, il n’y avait presque rien hormis la vieille Brasserie Coopérative de Mons et la briqueterie Virnot, deux maisons de caractère, que les Monsois appellent « châteaux » (Scrive et Virnot) et deux fermes (Rousselle et Toulememonde). C’était un hameau perdu dans la campagne, avec des champs à perte de vue. Les habitants n’avaient cure d’appartenir à des communes différentes. Ils formaient une seule et même communauté villageoise, soudée, qu’ils habitaient les petites maisons, les fermes ou les « châteaux ». A. C. (CLP)



Vue sur les champs avant la construction de la Zup depuis la ferme Rousselle
© La Voix du Nord - Anne-Marie et Gustave Scrive







Sur cet extrait du cadastre napoléonien de 1829, on découvre l'emplacement d'un moulin dans ce secteur, qui sera à l'origine de l'appellation du quartier (Archives Départementales du Nord). Un chemin passe à proximité dit chemin du moulin (de la mare), qui rejoint le chemin du gros bois blanc. Actuellement il existe toujours un chemin du moulin Delmar mais à Marcq-en-Barœul, proche de la Cité des échanges dans le quartier de la Pilaterie.


On sait qu'il s'agissait d'un moulin flamand qui reposait sur 3 pieds. Il y a un siècle seuls ces éléments subsistaient. L'un de ces pieds était situé dans le jardin de l'ancien café dit du Moulin Delmar. Un autre serait actuellement dans la voie menant au cimetière. Ci-dessous le moulin de Cassel, exemple typique de moulin flamand.